Partager l'article ! La mafia et la politique: 1/ L'infiltration mafieuse dans la politique Entre 1876 et 1918 , la mafia sicilienne se présente comme détenteus ...
1/ L'infiltration mafieuse dans la politique
Entre 1876 et 1918 , la mafia sicilienne se présente comme détenteuse d'une force
politique grâce à un mafiosisme économique qui s'est imposé à l'économie locale comme la vente ou la location de jadin , l'achat de terrain , le commerce des agrumes . Ils géraient donc des
terres des grands propriétaires et administraient à leur manière _ La Violence _ les choses et les gens .
La mafia a vouludonc de plus en plus s'identifier avec le pouvoir local. Elle devient désormais un ensemble de pression qui s'éfforce d'exercer un contrôle monopolisateur . Dés 1911 , la
description de l'influence du mafiosisme augure le rôle attribué de nos jours à la Cosa Nostra aux Etats-Unis .
On peut se demander pourquoi l'état légitime , légal ne parvient pas à eradiquer ce phénomène parasite et pourquoi la marge de manoeuvre des pouvoirs publics reste limitée.Le problème qui
survient est qu'un certains nombre de responsables locaux sont étroitement liés à la mafia , quand ils ne sont pas eux-mêmes des mafieux comme Silvio berlusconi , le chef du gouvernement italien
qui ne peut pas être le mieux placé pour s'ériger en défenseur de la lutte conte la mafia, Notamment avec le problème du journaliste Roberto Saviano , auteur du Best-Celler Gomorra , car de forts soupçcons de connivence avec le crime organisé pèsent sur berlusconi , avec le début de son ascension politique. de plus , son
ancien numéro deux , Marcello Dell'Utri a lui , été condamné pour concours externes à association mafieuse.
Malgrés que l'Italie ai marqué des points dans sa représentation du crime organisé , comme par exemple le jeudi 7 fevrier 2008 avec l'arrestation de prés de 80 personnes à Naples , Palerme et
New-York , elle reste profondémment corrompue . Les affaires pour délit de corruption se multiplient , en effet , elles touchent des responsables politiques régionaux ( comme Agazio Loiero , qui
a été mis sous enquête pour corruption ) .
Autre figure politique qui a été reconnue coupable de complicité dans l'assassinat du journaliste Caunine Percorelli , abattu de 4 balles dans sa voiture le 20 mars 1979 , à
Rome.
2/ Un Etat dans l'Etat
Un Etat est encore plus criminel qu'une mafia, car cette dernière n'a pas la prétention de contrôler toute notre existence; l'Etat, si. La mafia est un club
criminel qui ne cherche pas à enrôler tout le monde sous sa bannière. L'Etat n'est pas un club (l'organisation étatique est un peu compliquée que cela) et cherche à encadrer le plus de gens
possible à travers ses innombrables autant que consubstantielles infractions au Droit.
La Mafia, première entreprise du pays
Pier Luigi Vigna, le procureur national anti-Mafia, cité par le Corriere della Sera, a récemment affirmé que "le chiffre d’affaires annuel brut de la Mafia, d’après les dernières études disponibles, serait de 100 milliards d’euros". Le quotidien précise que "ce chiffre prend uniquement en compte les secteurs des stupéfiants, des appels d’offres publics, de la prostitution, des extorsions et du trafic d’armes. Il s’agit en effet - selon Vigna - d’une somme par défaut, dans la mesure où "elle ne prend pas en compte le chiffre d’affaires des nouvelles mafias". On comprend mieux les luttes internes à la Camorra, le groupe de crime organisé de Naples, pour le pouvoir sur le très rémunérateur trafic local de drogue, estimé à environ 500 000 euros par jour.
Le procureur national anti-Mafia intervenait devant l’assemblée nationale des délégués des organisations syndicales italiennes. Il a ajouté que "le prochain objectif de la criminalité mafieuse est de bouleverser les règles du marché. Dans certaines zones du Sud, on ne trouve plus par exemple que certains produit et certaines marques". Vigna fait référence, explique le Corriere della Sera, "à Parmalat, qui, dans, la province de Caserte, avait payé d’énormes pots-de-vin pour que seuls ses produits soient distribués sur le marché".
Pier Luigi Vigna a conclu son discours par une mise en garde : "Il faut protéger l’économie pour défendre la démocratie, parce que si l’économie réelle tombe entre les mains de la criminalité, il n’y a plus de démocratie. Il faut également contrecarrer la principale stratégie de la Mafia : détourner la confiance que les citoyens ont en leurs institutions".
Près de 7% du PIB italien, plus de 90 milliards d'euros de "bénéfices" annuels, plus de 160.000
commerçants rançonnés dont 80% dans le sud de l'Italie, une présence capillaire dans l'économie italienne, la "mafia" est une "affaire qui tourne"
La Confesercenti, association de PME italiennes, vient de publier un dossier éloquent : "SOS Entreprise" ! La Mafia, la Camorra napilolitaine, la Ndrangheta calabraise , la "Sainte Couronne Unie"
des Pouilles, autant de noms qui donnent froid dans le dos ! Leurs activités : usure, racket, fraude, contrebande .... leurs moyens : pression, sabotage, meurtre ...
La mafia dans les cordes ?
Après les arrestations de chefs de la mafia sicilienne, on s'est demandé si la mafia peut être considérée comme vaincue. Au cours de 1993, ont été arrêtés Totò Riina, présumé chef de la coupole
mafieuse, en fuite depuis 23 ans, Nitto Santapaola, boss de Catane et membre de la coupole, en fuite depuis 13 ans, et d'autres mafieux, recherchés depuis plusieurs années.
Ces arrestations ont été l'effet en boomerang des tueries de 1992 qui ont provoqué la mort des juges Falcone, Morvillo et Borsellino et de huit hommes
d'escorte. Les tueries ont eu pour conséquence une législation plus dure contre la mafia, l'envoi de l'armée en Sicile (mesure plutôt symbolique), la création de nouveaux organismes pour faire
face à la criminalité mafieuse, tels que la Direction des investigations antimafia (DIA), la Direction nationale antimafia (DNA), et un parquet spécial.
Dans ce contexte, s'est produit un phénomène qui n'est pas entièrement nouveau (on en trouve des traces au XIXèmes siècle), mais qui est nouveau par son
ampleur, le repentir ; actuellement, le nombre de repentis, c'est-à-dire de mafieux qui collaborent avec la justice, est d'environ 700. Le phénomène n'est pas seulement le fruit de la législation
sur les primes introduite depuis peu d'années, il est aussi lié à une crise interne de l'organisation mafieux, due à la brutalité du clan des " Corleonesi ", c'est-à-dire des mafieux originaires
de Corleone (village de la province de Palerme, qui a été la capitale de la mafia et du mouvement anti-mafia à la fin du siècle dernier et jusqu'à l'après-guerre), urbanisés depuis longtemps, qui
ont imposé à une organisation par tradition républicaine, une sorte de monarchie absolue, et accentué le recours à la violence.
L'arrestation des chefs, l'action de la magistrature, la propagation du repentir, sont des arguments sur lesquels se fonde l'idée répandue que la mafia aurait
perdu le consensus (1) de la population et que ses relations avec les institutions seraient rompues. La mafia aurait atteint dans cette période à la fois l'apogée historique de son pouvoir
économique, et le point historique le plus bas quant au consensus, et l'Etat serait finalement passé à une stratégie offensive (2).
Ces appréciations sont, à mon sens, par trop hâtives, et reprennent un sentier battu. D'autres fois déjà, on a parlé d'une mafia vaincue ; dans la littérature
et dans les informations sur la mafia, existe une constante, le balancement entre l'idée d'une mafia omnipotente après les grands crimes, et d'une mafia moribonde dès que se développe la réaction
à ces crimes. Ce fut le cas après le massacre de Ciaculli (1963), après le meurtre de Dalla Chiesa (1982).
Aujourd'hui, en Italie comme ailleurs, après la fin de l'opposition Est-Ouest, s'est ouverte une période nouvelle, mais cela ne signifie pas que le nouveau
soit mieux que l'ancien, c'est-à-dire moins favorable au phénomène mafieux ; les résultats des élections politiques italiennes vont dans le sens opposé. Pour dresser un tableau de la situation,
il est utile, avant de faire le point, d'aborder la représentation que l'on se fait de la mafia, et le contexte historique que nous avons derrière nous.
Un paradigme de la complexité : bourgeoise mafieuse et bloc social
La conception de la mafia située au centre de mes recherches, conduites au Centro Impastato, envisage un renversement ou une intégration des idées reçues, en
partant de la considération que la mafia n'est pas un fait pathologique qui se développe sur un corps sain, mais est à la fois produite et reproduite par un écosystème social. Dans cette
perspective, le phénomène mafieux peut se définir ainsi :
un système de violence et illégalité ayant pour fin l'accumulation du capital et l'acquisition et la gestion de positions de pouvoir, se servant d'un code
culturel et jouissant d'un certain consensus social. Les organisation criminelles sont au centre d'un bloc social transclassiste, qui va des politiciens liés aux mafieux, aux experts financiers
qui viellent sur les opérations de blanchiment et d'investissement de l'argent sale, en passant par les avocats en permanence au service de la mafia, jusqu'aux dealers et vendeurs de cigarettes
de contrebande. La fonction dominante à l'intérieur d'un tel bloc social qui pourrait tourner autour de quelques certaines de milliers de personnes, est exercée par des sujets légaux et illégaux
qui peuvent être définis comme bourgeoisie mafieuse. (5)
Ainsi, les 5.000 affiliés (selon les données officielles) de Cosa Nostra et des autres organisations de type mafieux, qui opèrent en Sicile, ne sont pas isolés
mais au centre de systèmes de relations qui traversent le corps social. L'aspect criminel se conjugue à d'autres aspects (économiques, politiques, sociaux) et le phénomène mafieux se caractérise
par son polymorphisme, et sa diffusion, sans qu'il faille pour cela criminaliser toute la société sicilienne, qui, à la fin du dernier siècle, a donné naissance à un mouvement antimafia plus ou
moins organisé, dont les défaites doivent être interrogées.
Par le dévouement inconditionnel qu'elle requiert de ses affilés, par la diffusion du contrôle des activités exercées sur le territoire, par l'interaction avec
l'économie et les institutions, par des sanctions sans appel qui recourent fréquemment au meurtre pratiqué comme peine de mort, par son emprise sur la vie quotidienne avec ses effets dévastateurs
pour les relations interpersonnelles, la mafia représente un système totalitaire : oppression calculée, despotisme féroce, assimilable à celui des régimes dictatoriaux les plus intolérants et
sanguinaires. Même si elle respecte les formes de la démocratie, la mafia exproprie de façon permanente les citoyens de leurs libertés élémentaires, et fait obstacle au développement de la vie
sociale (6).
La mafia comme sujet politique
Les deux années 1992 et 1993 peuvent être considérées comme cruciales dans l'histoire de la mafia et de la société sicilienne. En mars 1992, la mafia tue le
député européen et leader de la DC, Salvo Lima. Au mois de mai, c'est le massacre de Capaci où sont tués le juge Falcone, son épouse et trois hommes d'escorte. En juillet, c'est le massacre de la
Via D'Amelio où disparaissent le juge Borsellino et cinq hommes d'escorte. En septembre, est tué le financier mafieux Ignazio Salvo. En mars 1993, le parquet de Palerme demande l'autorisation de
poursuivre Giulio Andreotti, pour participation à des associations mafieuses. En Italie, se répand en tache d'huile l'enquête sur la corruption (Tangentopoli). Le 6 avril, la Commission
antimafia approuve un rapport sur mafia et politique, dans lequel est dénoncée la "cohabitation" de l'Etat et de la mafia. Dans le courant 1993, ont lieu différents attentats et massacres sur le
territoire national; le 14 mai à Rome (15 blessés), le 27 mai à Florence (5 morts et 40 blessés), le 27 juillet à Milan (5 morts) et à Rome. On parle sans préciser de mafia et d'autres
responsables possibles (services secrets, loges maçonniques, néofascistes). Dans le courant de l'année, le régime électoral est modifié, et la voie s'ouvre qui conduira aux élections de mars
1994.
Commentant le meurtre de Lima, j'avais écrit qu'avec lui, la mafia fermait une époque, celle où ses rapports avec les institutions étaient médiatisées par le
parti de la majorité, c'est-à-dire la DC, et ouvrait la campagne pour la constitution de la seconde République, à la recherche de nouveaux interlocuteurs (10). Cette recherche s'est poursuivie
avec les massacres de 1992 et 1993. Cette interprétation des crimes et massacres commis par la mafia, seule ou avec d'autres, est liée à une représentation de la mafia comme sujet politique dans
un double sens.
En tant qu'association criminelle, la mafia est un groupe politique, présentant tous les caractères identifiés par la sociologie pour définir les groupes de ce
type. Elle concoure comme groupe criminel et comme bloc social auquel elle appartient, à la production de la politique dans son ensemble, c'est-à-dire, détermine ou contribue à déterminer les
décisions et les choix relatifs à la gestion du pouvoir et à la distribution des ressources. (11)
Dans le premier volume d'Economie et Société, Max Weber distingue les caractères suivants des groupes politiques: une organisation, une dimension
territoriale, la coercition physique, un appareil administratif en mesure de mettre en œuvre la coercition physique (12).
La mafia possède pleinement ces caractères et détient un pouvoir propre que j'ai appelé "la seigneurie du territoire" (13). En outre, elle concoure à la
production de la politique, dans le sens indiqué, de différentes façons:
(i)par l'usage de la violence,
(ii)par la formation de la représentation dans les institutions,
(iii)par le contrôle de l'activité politico-administrative.
Ces caractères politiques de la mafia montrent la dualité du phénomène mafieux: il est extérieur et opposé à l'Etat dans la mesure où le recours
systématique à la violence vient du fait que la mafia ne reconnaît pas le monopole étatique de la violence. Mais la mafia est intérieure à l'Etat ainsi qu'aux institutions intermédiaires et
locales, par nombre d'activité qui requièrent la collaboration d'organismes publics et l'utilisation des finances publiques (par exemple, les adjudications).
En face de la dualité de la mafia, on peut parler d'une dualité de l'Etat dans son rapport à la mafia. Formellement, la mafia est une association criminelle
que l'organisation étatique se doit de combattre, mais l'impunité de la mafia montre que s'est opérée une sorte de légitimation, due au fait que la violence mafieuse est fonctionnelle au maintien
d'une organisation déterminée du pouvoir, sur laquelle se fonde la constitution matérielle de l'Etat, c'est-à-dire son fonctionnement concret. Le rapport de la Commission du Parlement européen
sur la criminalité organisée exprime cette dimension de la mafia sicilienne en la définissant comme "criminalité institutionnalisée"(14).
L'Etat ne se dédouble pas seulement vis à vis de la mafia. Au cours des dernières années, s'est développée en Italie une réflexion sur l'Etat double
comme produit de la dynamique des rapports entre politique nationale et politique internationale au cours du second après-guerre; les groupes dirigeants incorporent deux loyautés, envers leur
propre pays et envers la communauté internationale, avec la division de la planète en deux blocs, l'occidental-capitaliste et l'oriental-socialiste (15).
Pour rester fidèle à la politique atlantique, l'Etat italien a créé des organisations secrètes illégales comme le Gladio; et les services secrets ont eu
recours ou collaboré à des crimes et à des massacres, ou en ont couvert les auteurs; ces délits ont été accomplis chaque fois que le pouvoir des forces conservatrices était en danger, et tous les
moyens ont été bons pour conserver "la démocratie bloquée", c'est-à-dire une disposition du pouvoir formellement ouverte mais en réalité rigidement fermée à la gauche. Ce qui explique l'impunité
des auteurs des massacres italiens, au nombre de huit dans la période 1969-1984 avec 169 morts et 688 blessés (16). Seuls les coupables du massacre de Noël 1984 ont été punis, et parmi eux
quelques mafieux. Ce qui signifie qu'à l'intérieur de l'Etat se sont constituées des institutions criminelles qui parfois ont agi en collaboration avec des groupes mafieux.
Cette duplicité de l'Etat va au-delà du concept de "cohabitation" entre l'Etat et la mafia, que l'on trouve dans Relazione su mafia e politica
(Rapport sur mafia et politique) de la Commission antimafia (17). Il s'agit en réalité de quelque chose de beaucoup plus profond et plus grave, d'une symbiose entre criminalité institutionnalisée
et institutions criminelles, dont la logique de fond doit être recherchée dans l'évolution concrète de la politique atlantique et de l'opposition Est-Ouest. Cette opposition devenue caduque, la
mafia et les institutions criminelles les plus exposées, comme les services secrets, ont repris "la stratégie de la tension" avec les attentats de 1993, pour conditionner le passage à la Deuxième
République. L'issue des élections politiques constitue un premier pas vers l'apparition d'un contexte favorable à la mafia et à d'autres organisations. La coalition victorieuse est centrée sur
Forza Italia, dont le leader était inscrit à la loge maçonnique P2, qui a commencé sa carrière d'entrepreneur avec des moyens financiers en provenance de la Suisse et, selon toute probabilité,
d'origine illicite, et qui compte parmi ses fidèles, des hommes qui ont eu des relations avec des mafieux (18).
Effectivement, le contre-coup immédiat des résultats électoraux a été un recul de la lutte contre la mafia, avec une campagne de délégitimation des repentis,
la mise en discussion de l'indépendance de la magistrature et l'attaque des magistrats les plus engagés et les plus exposés (19).
Si, comme tout le laisse prévoir, cette tendance se poursuit, les enquêtes sur la mafia et sur Tangentopoli qui ont été menées à bien au cours des
dernières années, n'auront été qu'un élagage et n'aboutiront à des résultats concrets que contre les mafieux trop voyants de l'aile militaire, ou contre des hommes politiques en fin de carrière
(comme Andreotti) qui deviendront ainsi des boucs émissaires pour des opérations de passage déjà effectuées ou en cours au profit d'autres personnages qui ont su se recycler et se sont camouflés
en champions du nouveau. Dans la situation italienne, la donnée la plus alarmante est celle-ci: les protagonistes du renouveau présumé sont les hommes qui peuvent être étiquetés comme des
produits typiques de l'affairisme plus ou moins ouvertement criminel qui a caractérisé la Première République. Parmi les pères de la Deuxième République doit, par exemple, immanquablement figurer
un personnage comme Licio Gelli, maître vénérable de la loge P2, dont le "programme de renaissance démocratique" qui préconisait la république présidentielle, peut être considéré comme le texte
fondamental dont s'inspirent les changements actuels ou en cours, et que la Cour d'assises de Rome a acquitté, au moment du triomphe électoral de la droite, de l'accusation de conspiration
anti-démocratique.
Le nouveau s'est avant tout présenté comme destruction de la "partitocratie", c'est-à-dire du système des partis, et comme changement de la loi électorale. Sur
ce second point, beaucoup de représentants de la gauche ont contribué à construire la conviction que l'abandon du système proportionnel, et le choix du système uninominal était le passage obligé
du processus de transition de la "démocratie bloquée" à la "démocratie accomplie", et devait permettre l'alternance au gouvernement du pays. Maintenant que, pour la première fois depuis
l'après-guerre, la droite est victorieuse, il y a des ministres néofascistes au gouvernement du pays. Et avec Berlusconi, président du conseil, nous aurons le mariage du pouvoir et des affaires,
la constitution de l'Etat-entreprise (ou plus pertinemment en raison de la qualité du personnage, Etat-supermarché, Etat-spectacle, Etat-agence publicitaire, etc. (20)), et, étant donnés ses
précédents personnels et ses associés en affaires, quelque chose de très semblable à une criminocratrie formelle. Sont en jeu la démocratie et l'unité nationale. L'échange
fédéralisme-présidentialisme entre la Ligue et les néofascistes s'il se faisait, signifierait l'abolition de la Constitution sur des points fondamentaux ce qui ne pourrait pas ne pas susciter de
grandes tensions, avec la scission du pays et la confrontation entre ceux qui veulent s'engager dans une forme de bonapartisme et ceux qui désirent sauver la démocratie représentative.
Mafia et scénario européen et international
Si le paysage italien est favorable à la mafia, de son côté, le paysage international présente de nouveaux avantages pour les criminels de type mafieux. Le
Rapport de la Commission du Parlement européen sur le crime organisé souligne le passage de groupes criminels d'activités qui se déroulaient dans un milieu local à des activités de dimensions
toujours plus internationales:
De par le passé les organisations criminelles avaient généralement une base régionale, ce qui limitait la portée de leur activité et de leur influence.
Aujourd'hui elles sont moins paroissiales. Dans la Communauté européenne, le crime organisé a étendu ses activités et bien que l'Italie puisse être considérée comme le berceau de la criminalité
structurée (elle a été pour plus d'un siècle un style de vie consolidé dans les régions méridionales de la Sicile, de la Calabre et de la Campanie), des organisations analogues arrivent
aujourd'hui d'Asie, d'Amérique du Sud et des Etats-Unis. Des groupes criminels provenant de l'Europe de l'Est et de l'Union soviétique ont été identifiés.(21)
Nous pouvons dire qu'avant même le traité de Maastricht s'est constitué un marché criminel européen qui dépasse l'Europe des douze et unit l'Est et l'Ouest.
Sur ce marché figurent les groupes criminels italiens historiques (la mafia sicilienne, la 'ndrangheta calabraise, la camorra campanienne), le yakusa japonais, la triade chinoise, les clans
turcs, slaves, polonais, russes, les groupes pakistanais, iraniens, tamouls, nigériens, les cartels d'Amérique latine. Ces groupes ne forment pas une supermafia unifiée mais ont entre eux des
rapports bariolés qui vont de la collaboration au conflit, et il en est de même à l'intérieur de chacun d'eux. Le marché criminel est complexe et multiple, tout comme le légal, et, au surplus, il
y a l'usage de la violence.
La gravité de la situation n'est pas seulement due à l'infiltration dans différents espaces européens de groupes criminels historiques mais aussi à la
prolifération de nouveaux groupes qui se développent sur le modèle de la mafia, c'est-à-dire alliant pratiques criminelles et rôles économiques et sociaux, accumulant la richesse et tissant des
rapports avec les institutions.
Cette infiltration est due à des contradictions fondamentales de la société contemporaine. La première contradiction se situe entre la légalité et la
réalité. Un exemple: la prohibition des drogues continue à être la règle générale, réaffirmée par la Convention de Vienne de 1988. Elle aurait dû se donner la tâche de décourager le trafic
et la consommation de drogue, et de réprimer vigoureusement les criminels qui produisent et font le trafic des substances interdites. En réalité, la consommation de drogue s'est toujours étendue
et les groupes criminels sont devenus de grandes puissances financières, opérant au niveau international.
Une deuxième contradiction se situe dans la politique financière. La politique de libéralisation qui cherche à favoriser la circulation du capital,
abolit ou atténue les contrôles de telle sorte qu'elle accroît l'opacité du système financier, en favorisant la symbiose entre capital légal et illégal. Sans doute, la prise de conscience de la
gravité du problème du recyclage de l'argent sale, a conduit à l'adoption de mesures qui cherchent à le gêner, comme la résolution du Conseil de l'Europe de juin 1991. Cependant, des mesures
comme celle-ci ou comme la loi italienne anti-recyclage de 1990 ne sont que des mesures-tampon, des digues trop fragiles contre des tendances de fond favorisées par les politiques d'ensemble.
Une troisième contradiction est due à la politique économique internationale. La restructuration capitaliste à l'œuvre relance le rôle des grands
groupes industrialo-financiers, elle accroît les différences entre centre et périphérie, et marginalise de grandes parties de la population. Dans de telles circonstances, I'économie illégale
devient l'unique chance pour bien des régions de la planète et pour de larges couches sociales. Ainsi s'explique l'explosion de la culture des drogues et la prolifération des organisations de
trafiquants en Asie, en Amérique Latine, régions qui jusqu'ici se limitaient à produire la matière première ou demeuraient à l'extérieur du marché de la drogue.
Après l'écroulement du "socialisme réel", l'Europe de l'Est est devenue un nouveau Far West pour des mafias qui accroissent aussi leur rôle dans l'Europe
communautaire. Dans des espaces comme l'ex-Yougoslavie et l'ex-Union Soviétique, les conflits actuels favorisent l'enchevêtrement des armes et des drogues; la drogue fonctionne comme monnaie pour
l'acquisition des armes nécessaires aux opérations militaires. Le démantèlement des arsenaux nucléaires a mis à la disposition des groupes criminels les armes les plus dangereuses, et a eu pour
effet que, dans les pays de l'Est, d'ex-agents des services secrets se sont aussi impliqués dans les trafics illégaux (22).
Dans ce paysage, le destin d'une organisation singulière devient secondaire, l'attention se déplace sur la croissance de l'accumulation illégale et sur la
formation de groupes criminels toujours plus ramifiés et toujours plus puissants. Les activités illégales ont devant elles un très grand avenir, elles font entièrement partie du nouvel ordre
mondial, avec de graves risques pour la société civile
| Janvier 2012 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | ||||||||||
| 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | ||||
| 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | ||||
| 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 | ||||
| 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | 29 | ||||
| 30 | 31 | |||||||||
|
||||||||||